Publié dans L'édito

CES de Las Vegas ou « the place to be » cette rentrée : François Fillon, Michel Sapin, Axelle Lemaire et beaucoup d’autres vont s’y bousculer. Mais pourquoi ?

A partir de jeudi, s’ouvre à Las Vegas, le CES, le « Consumer electronic show », qui attire comme des mouches, les hommes politiques français.

François Fillon sera donc à Las Vegas à partir du 5 janvier, là où se tient le plus important salon de la high tech mondiale. Il y croisera Michel Sapin, qui doit faire le voyage, et Axelle Lemaire, la ministre chargée des nouvelles technologies. Sans parler de ceux que l’actualité n’a pas éclairé mais qui tournent sur le marché politique.

Une absence de poids est celle d’Emmanuel Macron. « Ne pas aller, là où beaucoup l’avait découvert l’année dernière est aussi une façon de se faire remarquer ». C’est du moins le raisonnement qu’on dû faire ses conseillers de presse et ses experts en marketing.

Le salon des nouvelles technologies de Las Vegas est devenu au fil du temps, l’équivalent pour les « geek » du festival de Cannes (pour ceux qui aiment les stars de cinéma), ou du salon de l’Agriculture (pour ceux qui croient qu’il faut aimer la campagne à Paris, pour renforcer ses racines identitaires).

A partir de jeudi, les responsables politiques vont donc aller prendre un bain de foule à Las Vegas au milieu des robots, des objets connectés, des fêlés de nouvelles technologies ou tout simplement de jeux vidéo, et surtout de tous les animateurs de starts-up qui viennent du monde entier chasser les investisseurs ou les partenaires.

Pourquoi le CES est- il aussi important et couru ?

D’abord tous les géants de l’industrie électronique et digitale ont des stands, plus grands les uns que les autres dans le parc d’exposition, installés dans le « convention center » de Las Vegas. Donc si les grands y vont…

Ensuite, les Français y sont très représentés. Les grands groupes comme Dassault Systèmes, Engie, Edf, Orange, ou La Poste sont là, mais avec à leur côté 250 entreprises beaucoup plus petites. Tout cela fait que la France est la première nation étrangère à participer à ce forum. Beaucoup ont fait le voyage tout exprès dans l’espoir d’y trouver soit des investisseurs, soit des alliances, soit des partenaires, et la plupart présentent des innovations totalement originales. Les Américains, considèrent que la France a le potentiel d’imagination et d’innovation le plus fort. Bref les Français sont courtisés parce qu’ils sont intéressants.

Pour les hommes politiques, il y a là un phénomène qui mérite d’être observer de près et dont il faudrait tirer les leçons.

Comment se fait-il en effet que la France, qui a un des potentiels de recherche et d’innovation les plus dynamiques, ne réussit pas à diffuser cette énergie à l’ensemble de l’économie ?

C’est Emmanuel Macron qui a senti il y a un an ce phénomène et surtout il a perçu le bénéfice qu’il pouvait en tirer en devenant porte-parole de ces innovateurs. Affaire de génération, affaire de technologie. Cette année, s’il ne devrait donc pas faire le déplacement, l’industrie du digital sait qu’elle peut compter sur son soutien et réciproquement.

Cette année c’est François Fillon qui va tenir la vedette. Beaucoup diront qu’il fait campagne (c’est vrai), et que le créneau des jeunes innovateurs lui permettra dans son image d’occulter un peu l’importance qu on a donné aux milieux catholiques. Il y a évidemment beaucoup de marketing dans ce voyage. Mais pas seulement : ceux qui le connaissent savent que François Fillon a toujours été convaincu par trois phénomènes.

-Le premier est que l’économie fonctionne d’autant mieux que ses acteurs sont affranchis du maximum d’entraves administratives et fiscales.

-Le second est que le terrain de jeu est mondial et l’important est d’ouvrir les frontières et d’affronter la concurrence

-Le troisième phénomène est « Schumpetérien » (du nom de cet économiste autrichien, théoricien de l’offre) : l’économie ne fonctionne que parce qu’il y a des entrepreneurs innovateurs capables de proposer une offre nouvelle sur le marché mondial.

Las Vegas est la vitrine de ces trois phénomènes. Ouvrir, libérer, innover. L’industrie digitale engendre une révolution équivalente à celle de l’électricité ou de la machine à vapeur.

Le digital engendre une révolution dans tous les domaines, le mode de production, de distribution et dans les relations sociales. Le problème est que la France est en retard dans son adaptation au digital. Ces innovations provoquent des bouleversements qu’une partie du corps social n’accepte pas. « L’ubérisation » est comprise par tout le monde, elle n’est acceptée que si elle n’affecte pas notre propre organisation.

Depuis que François Fillon s’est engagé en politique, il a toujours défendu l’idée que la croissance moderne était générée par l’innovation. Il a toujours considéré que l’homme politique avait pour mission de gérer la période transitoire et d’adaptation. L’innovation créatrice a des effets formidables mais elle est aussi destructrice des vieilles structures.

On a en France un problème sérieux d’adaptation et d’acceptation du progrès technologique.

Jacques Chirac ne s‘était pas embarrassé pour gérer les effets secondaires. Il avait inscrit dans la Constitution française, le principe de précaution. Nous sommes le seul pays au monde à avoir osé une mesure aussi malthusienne.

Le principe de précaution n’interdit pas la recherche. Pour être sûr d’en faire, on a d’ailleurs créé le crédit d’impôt recherche qui a fait de la France un paradis fiscal mondial pour les laboratoires de recherche. Bravo.
Le problème dans ce système français est que, dès qu ‘un chercheur a découvert une molécule, ou un process, ou une machine … il ne peut guère l’expérimenter et le développer. Principe de précaution oblige !

Le résultat est que nos petits génies de la recherche formés dans les écoles françaises et nourris au crédit d’impôt recherche dont les grands groupes usent et abusent, s’en vont à l’extérieur pour présenter leur molécule ou leur process. Il s’en vont à Londres, à Los Angeles, à San Francisco, à Seattle. Cette semaine ils seront à Las Vegas.

Les voyages de nos hommes politique n’ont donc rien de touristique. Ces voyages sont totalement politiques. Il s’agit de trouver des solutions acceptables pour favoriser les mutations.

Alors, parions que François Fillon s’amusera avec le vélo électrique et connecté, il testera l’oreiller qui surveille le sommeil du juste, il utilisera le gant musical, l’aspirateur sans fil qui détecte la saleté et qui se met en route tout seul… etc.

Mais parions aussi qu’il regardera pourquoi nous sommes si en retard dans la digitalisation de notre économie.

Avec une étude qui vient de sortir et qui fait froid dans le dos. Nos voisins allemands (oui encore eux) ont aujourd hui trois plus de robot que nous dans leurs systèmes de production et deux fois moins de chômeurs.

On a forcement un problème de logiciel.

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