Publié dans L'édito

Primaire : Hamon, Montebourg labourent la campagne avec des projets de gauche utopiques et ruineux, Valls assume la modernité mais se retrouve bien seul

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Comme François Hollande en 2012, les candidats de gauche sont prêts à promettre n’importe quoi pour draguer des voix. Toutes les grandes démocraties sont menacées par cette démagogie.

Les élections ressemblent de plus en plus à la chronique d’une démocratie pathétique. Le deuxième débat de la primaire de gauche en a encore apporté la démonstration. Les leaders de la gauche sont persuadés que pour accéder au pouvoir, il faut promettre des lendemains qui chantent, alors qu’ils devraient faire la pédagogie du possible. Si la démocratie continue de permettre à des politiques d’accéder au pouvoir avec des promesses irréalisables, la démocratie va mourir. Si le débat politique dans les grandes démocraties continue de tourner autour des programmes qui se révèlent irréalisables. On va collectionner de plus de plus en plus dirigeants qui seront dans l’incapacité de délivrer la promesse qu’ils ont déroulée pendant leur campagne.

Dans ce cas-là, de deux choses l’une : ou bien le peuple s’habitue à voter pour des gens tout en sachant qu’ils ne respecteront pas ce qu’ils ont dit. Ou bien ils se révolteront et ce sont les régimes extrémistes autoritaires qui récupèreront le pouvoir. Le risque de dérive comme ceux qu‘on a connu après la grande crise de 1929 existe encore aujourd’hui. Après tout, il ne faut jamais oublier que les dictatures fascistes ont été installées avec la bénédiction du vote populaire. Et c’est vrai, dans tous les pays démocratiques. C’est vrai en France, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en Espagne, en Italie, en Grèce. Ça pourrait l’être sous peu en Allemagne. En France, la situation n ‘est pas encore catastrophique. Encore qu’on sort d’un quinquennat dont l’échec est dû principalement à des promesses qui ont été faites pour accéder au pouvoir et qui n’ont pas été réalisées. Parce qu‘elles étaient irréalisables et ruineuses. La prochaine élection présidentielle n’est que dans 100 jours. Mais le deuxième débat de la primaire à gauche a confirmé la première tendance. Les candidats sauf exception refusent de dire la vérité et de faire la pédagogie de ce qui serait possible. Ils préfèrent promettre ce que leurs électeurs souhaitent entendre. Du pur marketing comme en faisait Unilever dans les années 60 pour vendre ses lessives, « je lave blanc, plus blanc que blanc. »

Quand les candidats sous prétexte de rassembler le peuple de gauche font de la surenchère à la protection sociale, le système est mal parti, parce qu‘aucune proposition ne génère son financement. Le revenu universel, version Benoît Hamon est très certainement, une idée généreuse que Marx avait développé en rêvant d’une société où chacun aurait pu vivre selon ses besoins. Mais, Marx lui-même en parlait comme d’une utopie. A côté du revenu universel, c’est à qui promettra le plus de protections et d’assistance, d’emplois publics et de boucliers. Bref, un système inadapté à l’environnement international dans lequel nous sommes plongés.

Manuel Valls assume la mutation qu’il a initié vers plus de compétitivité, mais il n’en rajoute pas. Son dernier argument est de dire que la, France n’a pas la culture libérale, la France à la culture de l‘état et il faut bien faire avec. Si Valls continue dans cette voie, il ira forcement dans le mur puisqu’il ne dégage pas les moyens pour sécuriser son projet. Bref s’il est élu, il remettra la France dans une trajectoire de compétition internationale, mais sa majorité ne le suivra pas. Il se retrouvera comme François Hollande. Quand on ment pendant la campagne, on est obligé de mentir pendant le mandat. La mission d’un homme politique est de faire la pédagogie du réel. De fuir le marketing politique pour convaincre que ses convictions sont les bonnes.

A droite, François Fillon a remporté la primaire de droite en appliquant ce principe. Son problème est que les électeurs de la primaire étaient déjà en partie convaincus. Il lui faut désormais emmener avec lui, une majorité de français et c’est beaucoup plus difficile. A priori, François Fillon affirme qu’il ne cèdera pas au compromis, il affirme qu’il restera fidèle à ses convictions de départ. Il a totalement raison. L’exercice de pédagogie va être très compliqué. Mais le résultat s’il gagne, lui donnera une légitimité forte et une puissance d’action assez rare.

Il faut remonter au général de Gaulle, et à Pompidou pour trouver des présidents qui ont annoncé et réalisé des réformes sur lesquelles ils n’avaient pas au départ l’adhésion de la majorité des français. Les résultats leur ont donnés raison. Il fallait imposer la pédagogie.

La démocratie française n’est pas à l’abri des perversions du populisme surtout quand les projets populistes ne sont pas le privilège des mouvements extrémistes.

Les Etats-Unis vont sans doute offrir le spectacle d’un président qui sera incapable de délivrer ses promesses de campagne qui lui ont permis d’accéder à la maison blanche. Beaucoup de ses projets sont irréalisables parce que dangereux. La mise en place de barrières protectionnistes reviendront à faire payer la classe moyenne américaine (qui a beaucoup voté Trump) le prix du protectionnisme. On ne relocalisera pas la construction automobile, on ne réinstallera pas les industries pharmaceutiques, la Silicon valley ne se repliera pas sur elle-même parce que c’est contraire à son ADN mondialiste. Les célèbres tweets de Trump se veulent être des lettres de cachet, ce ne sont que des notes de pipeau.

Au mieux Donald Trump peut imposer des droits de douanes. Et dans ce cas le prix des produits importés augmentera d’autant. Au pire, il peut déclencher une guerre commerciale avec la Chine par exemple, et dans ce cas, les chinois fermeront leurs portes. Ils en ont les moyens. Les effets d’une telle mutation seront payés par les américains plutôt défavorisés, qui ont cru en Trump. Ils paieront les produits plus chers et leurs entreprises qui ne vendront plus à l’étranger se mettront au chômage technique. Donald Trump arrivera sur un résultat contraire à celui qu’il avait promis pour être élu. C’est si vrai que la semaine dernière, trois des secrétaires d’état qui vont gouverner l’Amérique aux cotes de Donald Trump et qui ont été nommés, ont été auditionnés par le sénat américain et notamment par les républicains. Trois ministres, de la défense, des affaires étrangères, et du commerce, ont avoué aux sénateurs que le programme de leur président ne serait pas appliqué. Sur les relations avec Poutine, sur le problème du Proche-Orient, et sur la régulation commerciale internationale, ces trois futurs ministres ont expliqué que l’Amérique pouvait difficilement sortir des codes qui étaient les siens. Sauf à la marge, sauf en termes de communication. La préoccupation première de Donald Trump va être de faire de la communication en direction de ses électeurs. Jamais le décalage entre ce que l’on promet et ce que l’on peut réaliser aura été aussi large. Dans ces conditions, la communication finira par tuer la démocratie. Quand ? Personne ne le sait précisément.

La grande Bretagne offre actuellement un exemple absolument spectaculaire du décalage entre la promesse et la réalité. Theresa May, avocate du Brexit est arrivée au pouvoir après les résultats d ‘un referendum sur le Brexit. Elle reconnait aujourd’hui avoir beaucoup de mal à appliquer la mesure qui a été voulue par la majorité du peuple britannique. Techniquement c’est très compliqué et il y peu d’experts qui acceptent de s’y coller.  Economiquement, on s’aperçoit que le peuple britannique, la classe moyenne, va le payer très cher en terme d’emplois, de croissance donc de pouvoir d ‘achat. Les britanniques qui ont voté pour le Brexit commencent à reconnaître qu ils n’ont pas mesuré tout l’impact de cette reforme. En clair beaucoup de ceux qui ont fait campagne pour le Brexit ont disparu des écrans radars pour ne pas avoir à rendre des comptes au peuple qui va se sentir floué très rapidement.

En Italie la victoire de Beppe Grillo   qui a oblige Le premier ministre Matteo Renzi a démissionné aura été de courte durée et à désormais un gout amer. Non seulement l’Italie est ingouvernable, mais les nouveaux venus sont en train de changer de stratégies. Ils retrouvent des intérêts à l’Union Européenne qu’ils voulaient quitter pendant la campagne électorale. Résultats, les militants sont en colère. La Mairie de Rome conquise par le mouvement 5 étoiles est devenu ingouvernable. Les électeurs italiens ne sont pas loin de penser qu’on leur a raconté des histoires.

En Espagne, le mouvement Podemos rencontre les mêmes difficultés. Tout cela rappelle les crises de la Grèce, ou Alexis Tsipras élu sur le projet d’un printemps qui chante a été obligé de se reconvertir à la réalité. Il a ressuyé à se maintenir au pouvoir sans doute à l issue d’un exercice de pédagogie qui a ete écouté parce que le peuple Grec n’avait pas de plan B, mais aussi parce que le peuple Grec a de la mémoire. Faut dire que les Grecs ont payé très cher l’échec de la démocratie et qu’ils ne souviennent que l’ere des colonels n’a pas apporté de solutions miracles.

En Hongrie, en Serbie, en Autriche, et en Allemagne, les mouvements populistes savent aussi promettre des solutions radicales et des printemps qui chantent. Le seul rempart à la dérive extrémiste est la mémoire du régime nazi et de ses atrocités, qui est encore assez fraiche.

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