Publié dans L'édito

Le duel Hamon-Valls c’est « le revenu pour tous » contre « la loi Travail ». Deux mondes pour deux gauches inconciliables

La rencontre entre Valls et Hamon va permettre de compter ceux qui croient encore aux utopies et ceux qui cherchent à s’adapter au changement.

Le vote démocratique accouche toujours de résultats surprenants mais qui semblent après coup, très logiques.

En opposant Benoit Hamon à Manuel Valls, le second tour de la primaire de gauche ne pouvait pas marquer avec autant de clarté. Le clivage entre les deux gauches qui constituaient la majorité avec laquelle François Hollande devait gouverner et dont les antagonismes l‘ont finalement conduit dans le mur.

Benoit Hamon et Manuel Valls symbolisent ces deux gauches que François Hollande avait réussies à réunir pour se faire élire et qui se sont révélées inconciliables et suicidaires.

Hamon et Valls appartiennent à la même famille mais tout les oppose : leur culture, leurs références idéologiques, leurs socles de socio-partisans, leurs projets, leurs ambitions. Ce duel va permettre de compter qui, au sein du parti socialiste pensent encore qu’un autre monde est possible et ceux qui croient qu’il vaut mieux s’adapter à celui se met en place.

Benoit Hamon estime que la gauche est faite pour changer le monde. Son projet emblématique serait d’instituer un revenu universel de base. Soit 750 euros par mois pour tout le monde sans aucunes obligations ou conditions. Le revenu universel tel qu’il est présenté par Benoit Hamon part de l’idée que la productivité du travail va devenir tellement forte qu’il n’y aura pas de travail pour tout le monde, les milieux libéraux, chrétiens, protestants notamment ont souvent agité une idée identique, partant du principe que les hommes pourraient connaître une sorte de paradis sur terre et vivre des fruits de la nature. Mais à une condition, abandonner toute autre forme d’aides sociales.

Benoit Hamon a mille fois expliqué que ce revenu universel bénéficiait aux SDF comme aux très riche, au très jeunes comme au senior. L’idée est évidemment sympathique, mais idyllique.

Brute de fonderie, cette mesure est inapplicable, car elle n’est pas finançable. Elle couterait au bas mot 400 milliards d’euros. Le seul moyen d’en alléger le coût serait de supprimer en même temps les allocations sociales et les prestations de toute sorte. Beau débat en perspective si on commence à toucher à cet édifice. Démonter le modèle social, c’est démonter une centrale nucléaire. Ce serait tellement compliqué et dangereux que Benoit Hamon n’en a jamais parlé.

Mais le revenu universel porte en lui même un autre effet. En proposant un revenu minimum sans obligation de travail, il dissuade de travailler de fournir un effort de création et il oblige chacun à assumer une responsabilité de s’assurer. Benoit Hamon a beau expliquer que l‘homme qui possède la garantie de survivre pour passer son temps à se former, à se distraire ou à fournir un travail qui ne sera plus un moyen de gagner de l’argent mais une forme de vie.

Cette réforme structurelle accouche d’une société qui serait fondée sur autre chose que le travail, l’effort, l’investissement, mais plutôt sur la jouissance du temps qui passe.

Un monde nouveau qui se situerait en dehors des autres sociétés mondiales. Cette nouvelle société va évidemment perdre toute sa compétitivité et étouffer puisqu’il y aura de moins en moins de création de richesses. D’autant que parallèlement, Benoit Hamon propose un retour à la souveraineté nationale, au protectionnisme, toute choses qui sont, elles aussi, difficilement applicables dans le monde tel qu’il est.

Le projet porté par Manuel Valls est diamétralement opposé. Son projet est construit sur un retour à la valeur travail. La gauche a donc pour lui, mission de restaurer un système créateur de richesses, seul moyen de financer une protection sociale. D’où sa loi travail défendue par Myriam El Khomry qui devait installer plus de flexibilité et de simplicité dans l’organisation du travail. Parallèlement Manuel Valls a toujours défendu une logique pro-business, il a toujours défendu l’idée de s’adapter aux mutations du monde (digital, mondialisation…) de façon à retrouver de la croissance. Le nerf de la guerre c’est la croissance et l’énergie c’est le travail.

On est là dans un projet qui se veut cohérent avec la réalité mais qui est aux antipodes de celui épar Benoit Hamon.

Le problème de Manuel Valls est qu’il est handicapé dans son entreprise par deux phénomènes :

Un, il doit assumer le bilan du gouvernement. C’est lui qui a géré le virage pro business de François Hollande, mais ses résultats ne sont pas exceptionnels

Deux, il a sur ce marché social libéral, un concurrent très sérieux en la personne d’Emmanuel Macron. Macron n’a pas à assumer le bilan de François Hollande, il n’a surtout pas à passer par le filtre de la primaire qui s’avère une machine à s’entretuer ou à accepter des concession qui rendent le programme inapplicable. D’où sa liberté de ton et son succès dans l’opinion.

Au lendemain du deuxième tour, on ne saura pas ce que sera l’élection présidentielle, mais on aura une idée de ce que deviendra le parti socialiste. Entre la gauche dure incarnée par Benoit Hamon, et la gauche social libérale que voulait défendre manuel Valls. En supposant que la réalité de la gauche ne soit pas en voie de refondation ailleurs.

Parce que au premier tour de la présidentielle, le débat entre Jean Luc Mélenchon et Emmanuel macron aura aussi tendance à rejouer la confrontation avec ceux qui rêve d’un monde de gauche, très à gauche et ceux qui souhaitent une adaptation à la modernité.

Comments

comments

 

Les commentaires sont fermés.