Publié dans L'édito

Fessenheim en héritage : François Hollande se surpasse avec une « magnifique » (non) décision

Fessenheim promesse hollande decision EDF

L‘Etat se surpasse. François Hollande obtient la fermeture de Fessenheim, mais tout est prévu pour que son successeur puisse annuler la décision. Kafkaïen !!!

Ceux qui ont compris que Fessenheim serait fermé comme promis par le président de la république n‘ont pas compris que dès qu’il aura quitté l’Elysée, l’EDF a de quoi revenir sur la décision.  En attendant l’exploitation continue…

Tout le monde, il est gentil, tout le monde, il est content. François Hollande sera content, Ségolène Royale est contente, les écologistes et les antinucléaires sont contents, les salariés et les syndicats sont contents, la direction de l‘EDF est contente. Bref, tout le monde est content. Mais quelle cacophonie.

Pour bien comprendre la décision annoncée, il faut s‘y reprendre à deux fois : la procédure de fermeture de Fessenheim est donc engagée. Le conseil d’administration de EDF (où l’Etat détient une majorité absolue) a accepté les conditions que l’Etat lui a proposé, mais pour que la centrale s’arrête, il faut un décret. Et le décret interdisant l’exploitation n’est pas publié, il ne sera pas avant 2018. Il faut d’ailleurs que la direction de EDF demande explicitement qu’il y ait un décret de fermeture. Or la direction de EDF n a aucune raison de se précipiter. On a donc tout compris. On attendra. Le prochain gouvernement pourra revenir au point de départ. Cette procédure est assez surréaliste.

La question de la fermeture de Fessenheim est devenue une caricature du systeme français quand il s’agit de prendre une décision ou les intérêts politiques s’entrechoquent avec les intérêts syndicaux, les contraintes techniques et financières. Au bout du compte, on en arrive à une solution tellement ambiguë que tout le monde peut se dire content.

François Hollande qui au départ était plutôt partisan de laisser EDF gérer son nucléaire en toute liberté et responsabilité, avait pris l’engagement de fermer la plus vieille centrale nucléaire de France à Fessenheim. C’était un engagement de campagne en 2012, pour s’attacher le soutien des mouvements écologistes qui, pour la plupart sont violemment anti-nucléaire.

Sauf que pendant tout le quinquennat, François Hollande a dû gérer les pressions contradictoires entre ceux qui souhaitaient la poursuite du programme nucléaire et ceux qui demandaient le retrait de cette industrie.

On se souvient que la loi sur la transition énergétique avait acté à long terme un recul relatif de l’énergie nucléaire au profit des renouvelables mais n avait pas statué sur le sort de Fessenheim. La loi avait simplement plafonné les capacités de production à leur niveau actuel. En plus, Ségolène Royale avait même accepté l’allongement de la durée de vie des centrales pour pouvoir faire face à la demande. L’autorité de sureté nucléaire avait validé l’allongement de la durée de vie des centrales et n’avait pas condamné a mort Fessenheim. Elle avait établi une liste de conditions et de travaux indispensables.

La direction de L’EDF confrontée à des problèmes de financements très sérieux était plutôt satisfaite de voir son modèle de rénovation et de développement, EPR compris, accepté par l’Etat. Quant aux salariés, la CGT en tête, ils ne cachaient pas leur satisfaction de voir le modèle nucléaire qu‘ils considèrent comme totalement sécurisé, moins cher et surtout porteur d’emplois conforté.

Le problème est que François Hollande s’était engagé à fermé Fessenheim et que, s’il ne parvenait pas à ses fins, ça faisait désordre dans son bilan.

La cour de sureté de l’état n’a pas voulu, ou pas pris de décision, elle a simplement rappelé les conditions. Le comité d’entreprise s’est déclaré contre la fermeture pure et simple. La direction d’EDF a demandé de respecter le délai de 2018, le temps de mettre en route la centrale de Flamanville et surtout a demandé le versement de 450 millions d’indemnités, montant accepté par l’état.

Le conseil d’administration a donc, à la majorité d’une voix (celle du président) accepte les conditions pour la mise en œuvre de la procédure de fermeture, sachant que le décret de fermeture d’exploitation est repoussé à 2018, c’est à dire à une date ultérieure à la présidentielle. En clair, c’est le prochain président qui prendra la décision.

Cette affaire illustre la difficulté, la confusion qui règne dans une décision économique quand l’Etat et la politique s’en mêlent.

Le nucléaire est entré dans le cercle de l’idéologie, donc de l’irrationnel. Conclusion, tous les arguments objectifs qui servent à étayer une décisions stratégiques sont biaisée et les questions élémentaires qu’on doit se poser sont décrédibilisées par le pouvoir politique.
Quel est le prix de l’énergie nucléaire, est-il plus compétitif que les autres sources connues ?

Quel est son degré de pollution, est ce véritablement l’énergie la moins polluante ?

Quels sont les risques courus, quelles sont les garanties apportées ?

Quoi qu’il arrive, des milliers d’ingénieurs peuvent apporter toutes les garanties techniques et financières à la faisabilité d’un projet nucléaire, que ces garanties objectives ne tiendront pas devant un projet politique ou idéologique ?

Pour en sortir, il faut tricoter une décision qui ménage la chèvre et le chou, et qui fasse que chacun, sorte du conflit la tète haute … ou alors on repousse à plus tard en espérant que plus tard les conditions auront changé. C’est ce qu’on vient de faire.

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